Les profils ICC

Lorsque l’on parle de gestion des couleurs, on entend souvent le terme : profils ICC.

Qu’est-ce qu’un profil ICC ?

Mon explication n’est certainement pas « rigoureusement » exacte, mais mon objectif est plus d’expliquer les principes de base qui donneront envie au lecteur d’en comprendre plus (ou pas).

Dans un précédent billet, j’expliquais qu’il était important de calibrer son écran pour faire de la retouche photo.

On sait que le processus de « calibrage » (calibrage + caractérisation) débouche sur la création d’un fichier de profil de l’écran.

Pour comprendre le principe derrière tout cela, partons d’une couleur à afficher,  disons un gris RVB 128,128,128.

Ces valeurs sont les « octets » stockés dans le fichier. cela reste des nombres. Lorsque votre logiciel demande à votre écran d’afficher cette couleur, l’écran transforme ces nombres en un « signal » qui fait que votre moniteur affiche une couleur (normalement un gris neutre). Les valeurs mesurées par une sonde sur chaque moniteurs seront différentes, pourtant à l’intérieur du fichier (pipette photoshop) vous avez bien un 128,128,128

C’est un peu la note sur une partition. Le sol est un sol. Mais si votre instrument n’est pas accordé avec celui du voisin, lorsque vous jouez la note, vous entendez rapidement le décalage. Calibrer son écran, c’est un peu comme accorder son instrument en quelques sorte.

Lorsque vous calibrez votre écran, la sonde mesure la couleur réelle affichée par le moniteur. Le programme sait, que d’après vos réglages de point blanc, etc, ce gris devrait correspondre à telle ou telle valeur « réelle ». Il en déduit les corrections à apporter par votre moniteur pour afficher un gris qui correspond bien au neutre demande (128,128,128).

Pour résumer, un profil ICC c’est une « table de correction ». Cela indique à votre périphérique (le moniteur ici) que les valeurs qu’il « envoie » pour afficher une couleur doivent être corrigées

Ex: pour mon écran 2 , avec les profils activés.

Ecran 1: profil activé.

Vous remarquerez que les valeurs sont très légèrement différentes. Conformément aux recommandations de la documentation de Spyder3 mes écrans sont calibrés en fonction d’un éclairage ambiant modérément faible. La cible est un blanc à 5800k, entre 125/150 cd/m²

Pour les 2 copies d’écran suivantes, et pour illustrer mes propos, j’ai fait l’idiot, en inversant les profils de mes 2 écrans (sans toucher au réglage, juste en disant à chaque écran d’utiliser la table de correction de l’autre grâce au logiciel ProfileChooser de Spyder3).

Remarquez comme les valeurs ont changé ! les t° de couleur sont maintenant très différentes et les valeurs mesurées pour le même RVB sont aussi très différentes ! (et je peux vous garantir qu’il n’est point besoin de sonde pour voir que les gris sont affichés de manière très différente d’un écran à l’autre alors qu’il s’agit bien du même 128,128,128)

C’est pour cela

  • qu’un profil est associé à un matériel et n’as de sens que si les réglages de l’écran ne changent pas.
  • qu’il faut recalibrer son écran régulièrement. Les caractéristiques changent à mesure que l’écran vieillit. (DataColor Spyder3 elite propose un rappel pour vous aider à le faire le plus régulièrement possible).
  • Il faut attendre que l’écran soit « chaud » pour que les couleurs soient stabilisées avant de lancer le processus (DataColor Spyder3 elite recommande 30 min minimum).

Si on applique ce raisonnement pour les imprimantes.

  • Un fichier contient une couleur rvb 128,128,128.
  • On imprime cette couleur en désactivant toutes les gestions de couleur du driver d’imprimante.
  • Le spectrocolorimètre mesure la couleur réellement imprimée (après avoir laissé sécher l’encre).

Le profil indique à l’imprimante qu’il faut corriger les valeurs envoyées à l’imprimante pour que la couleur imprimée corresponde bien à la couleur attendue.

Comment utiliser un profil ICC par la suite ?

Les profils d’écran

sont simplement associés à votre écran. normalement vous n’avez pas à vous en soucier. Souvent, on peut voir l’effet du profil au démarrage de l’ordinateur. Les écrans commencent par afficher des couleurs « non calibrées » et subitement on sait que la partie « gestion des couleurs » a démarré :). Sous windows 7 il faut faire un click droit sur le bureau puis / réglage résolution / paramètres avancés / onglet Gestion des couleurs et bouton gestion des couleurs.

Pour les profils d’imprimante

lorsque vous imprimez votre document, avec photoshop par exemple, indiquez que « photoshop gère la couleur », précisez le profil à utiliser et désactivez toute gestion des couleurs au niveau du driver d’imprimante. Veillez à bien utiliser les mêmes réglages d’impression (support et qualité d’impression). (il y a un autre paramètre pour l’impression : l’intention de rendu qui donne des résultats différents avec le même profil. Choisir un mode ou l’autre dépend de la situation)

En bref, les profils pour les périphériques de « sortie » consistent à rectifier les valeurs envoyées au périphérique pour qu’il produise le résultat attendu (à l’écran ou sur le papier)

D’autres fonctions pour ces profils

Une fonction intéressante de photoshop (et certainement d’autres logiciels) est ce que l’on appelle le soft proofing. Le soft proofing consiste à utiliser le profil d’un autre périphérique d’affichage et donc de simuler à l’écran le rendu sur un autre périphérique (impression sur un papier X ou un papier Y par exemple).
Cela permet aussi de voir rapidement si l’image comporte de nombreuses couleurs non imprimables et donc d’agir en conséquence pour rectifier cela.

on peut aussi comparer des profils de papier et décider que tel ou tel papier est plus adapté à son imprimante ou à l’impression de certaines images. Il y a de grosses différences de gamut d’un papier à l’autre

Qu’en est-il des périphériques d’entrée comme le scanner par exemple ?

C’est légèrement différent. Le principe est le même mais dans l’autre sens. On cherche à savoir si le scanner voit les couleurs correctement. Comment peut-on savoir cela ?
Voici comment fonctionnait le processus de calibrage d’un scanner dans Monaco EZColor.

L’idée est de scanner une charte dite de référence.

  • on connaît, car on a mesuré avec un spectro la valeur des couleurs présentes sur la carte (Monaco vous a livré une photo et le fichier .txt qui contient les mesures des couleurs associées)
  • le programme scanne l’image puis analyse la couleur vue par le scanner et la compare aux valeurs connues (de référence)
  • Il en déduit que votre scanner voit de traviole et créé le fichier ICC de correction.

Même principe que pour l’impression, il faut désactiver tous les réglages auto d’amélioration du driver et pareil pour les scans futurs.

Par la suite, lorsque vous scannez une image, il suffit de lui « associer » le profil ICC créé et les couleurs s’affichent correctement.

Le calibrage d’un appareil photo numérique doit relever du même principe. On photographie une charte et on analyse la prise de vue pour en déduire comment l’appareil interprète (mal) les couleurs de la charte et on calcule le fichier de correction.

Pour finir, je dirais que
– tout le monde voit de travers, tout le monde affiche de travers, heureusement que les profils ICC sont la pour nous sauver la vie

Si vous êtes sur Linux, jetez un oeil par ici et ici

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